La vraie histoire

Un patriotique fessier met le feu au siège

En pleine guerre de Cent Ans, la bastide de Réjaumont, qui résistait au siège des Anglais, a finalement été prise et détruite à cause d'une provocation. Une patriotique (et accorte) assiégée avait eu l'idée saugrenue de montrer ses fesses aux assaillants qui virent rouge.

Illustration humoristique de la légende de Réjaumont

        Depuis les galipettes d'Adam et Eve au Paradis terrestre, on sait quelle influence peut avoir sur l'esprit des hommes la vision des rondeurs féminines. En général, le sentiment ainsi provoqué relève davantage du trouble que de la fureur, à moins que le quidam concerné affiche une libido plutôt déloyale. Il y a un autre type d'exception, lorsque le fessier ainsi dénudé constitue en fait un défi, une provocation, voire carrément une insulte (1). Et alors là (ouh là là!), cela peut très très mal tourner. Il y a des fessiers dont la destinée est de provoquer la catastrophe. Et si le nez de Cléopâtre a changé la face du monde, c'est assurément le postérieur d'une patriote exhibitionniste qui a provoqué le saccage de Réjaumont et la perte de la plupart de ses habitants, vers le milieu du XIVe siècle. Ce que l'on pourrait appeler pudiquement une initiative malheureuse...

A Réjaumont, on n'aime pas les Angloîs

    Nous sommes donc en pleine guerre de Cent Ans.
        Les anglais assiègent Réjaumont qui, à l'époque, est une ville assez importante, bien abritée, entourée de larges fossés et de murailles propres à dissuader l'assaillant, d'autant que l'ensemble de la bastide est dominé par un impressionnant château. N'empêche, ces anglais-là font comme chez eux et certains chroniqueurs, comme Noël Cadéot (2), pensent d'ailleurs qu'ils n'ont pas tout à fait tort. Il faut préciser, en effet que c'est Jean de Havering, sénéchal d'Aquitaine, agissant au nom du Roi d'Angleterre, qui a créé la bastide en 1292. Une paternité que les habitants du cru ne semblent jamais avoir bien acceptée, en témoigne la suite de l'histoire. D'ailleurs, dès l'année suivante, en 1293, la petite soeur de Fleurance était déjà prise par le Roi de France qui confirmait ses privilèges et franchises.

Les assiégés triomphent mais...

        Il faut croire que l'autorité du Roi de France était plus douce. toujours est-il que tout au long de la longue et barbare guerre de Cent Ans les Réjaumontois firent preuve d'une opiniâtre hostilité à l'égard des Anglais. Devant la nouvelle attaque anglaise qui constitue la toile de fond de notre histoire, "c'est avec courage, dit la chronique, que les habitants se défendent". Deux jours déjà que dure le siège et les troupes anglaises se heurtent encore à la vaillance des habitants. Au point que découragés, ou peut-être "pressés en d'autres points du territoire", les Anglo-Saxons vont finir par lever le camp, cédant devant la vaillance gasconne. A l'intérieur des murs , on imagine la joie des habitants, les cris de la victoire. Les troupes anglaises, à quelque distance, sont déjà rassemblées pour le départ. Go home !

Elle joint le geste à la parole !

    C'était sans compter sur l'initiative d'une femme du cru, laquelle se mit à cavaler comme si elle avait le feu (grégeois) aux trousses. Hélas ! l'histoire écrite pas plus que la tradition orale ne se souvient de son nom, préférant ne retenir que le caractère "olé-olé" de la scène. Imaginez la bouillante anonyme, toute animée d'un feu intérieur, grimper en haut des remparts pour, à une bonne portée des oreilles anglaises, lancer un vigoureux "Aci, boulen pas nat Angles, Réjaumont toujours damourera francès !". Impétueux propos qu'il n'est pas besoin de traduire pour nos lecteurs, pas plus qu'il n'est besoin de décrire avec forces détails la suite. Car la belle patriote, "joignant le geste à la parole (!), nous dit Cadéot, tourne derechef le dos aux assaillants et, relevant ses jupes, applique un vigoureux coup de main sur l'envers de sa personne!" (3). Un petit clac qui allait provoquer un grand choc.

"Son cul elle montroît"

    A cette époque, les femmes, comme les hommes d'ailleurs, ne portaient pas de sous-vêtements sous leurs jupes ou leurs chemises. On imagine donc la vision qui s'offrit à ces ancêtres de la pudique reine Victoria. Tout simplement,"aux yeux des Angloîs son cul elle le montroît" ! Les esprits chagrins noteront que le patriotisme de la dame se manifestait en un bien curieux endroit. C'est oublier, rappelle opportunément Noël Cadéot, érudit fort distingué, que "Cambronne, dans une formule élégante,quelques siècles plus tard,devait adresser encore aux Anglais une parole condensée par la tradition en un mot aussi énergique que peu parlementaire" (4). Dans le même ordre d'idée, il ne faut pas davantage oublier la non moins célèbre bravade : "Messiers les Anglais , tirez les premiers!", que Noël Cadéot n'évoque pas , peut-être pour éviter toute confusion des genres.

    Reste, et c'est là l'essentiel, que la manoeuvre d'arrière garde de l'accorte Gasconne réveilla certes les ardeurs anglaises, mais pas vraiment celles que l'on attendait : "Piqués de cette bravade extravagante, raconte Noël Cadéot comme s'il y était, les Anglais se mirent en devoir de reprendre immédiatement le siège (!) de la place". Hélas ! la suite de l'histoire est beaucoup moins drôle, "ils y apportèrent un acharnement tel qu'au bout de quelques heures ils réussirent à pénétrer dans la ville". Funeste et tragique introduction car non seulement ils incendièrent la bastide (5), détruisant remparts et maisons, mais surtout "ils passèrent la population au fil de l'épée", rapporte la tradition, au point que "la malheureuse communauté de Réjaumont aurait été presque complètement anéantie".

    En résumé, malgré sa trop triste fin, une drôle d'histoire...de siège que nous avons pourtant cru séant de vous raconter...

Daniel HOURQUEBIE

        (1) Voir Polnareff montrer son séant pour narguer la société ou, dernière mouture, Mme Le Pen défiant son ex-mari dans l'hebdomadaire "Lui". La liste n'est pas close ! Retour

        (2) Noël Cadéot : "Une femme énergique", Société d'Histoire et d'archéologie 1931Retour

        (3) Qu'en termes galants ces choses-là sont dites! Mais il y a plus sibyllin encore. Car le chanoine Daignan du Sendat, qui c'est aussi intéressé à cette affaire (éclectique ecclésiastique!), écrit : "Une femme monta sur les murs et se mit en posture déshonnête". Jolie formule n'est-il pas ? Retour

        (4) Mais oui, cher lecteur, vous ne vous êtes pas trompé, c'est exactement le mot auquel vous pensez ! Retour

        (5) On chercherait en vain la moindre ruine du château-forteresse qui était édifié au lieu dit "La moutasse". Il ne reste que quelques traces des anciens fossés. Retour

        Article Extrait de "LA DEPECHE Du Midi du 8 Janvier 1989"

        Merci à Françoise et à Christophe qui m'ont aidés à retrouver cet article Ô combien important !

        Moralité, mesdames, avant de montrer votre derrière, vérifiez bien auprès de ces messieurs qu'ils ne soient pas Anglais...

Dernière mise à jour : 18-08-2008